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Ils ont dit

 

Le balai et le sourire
Par Alexandre Dorna - 18 Octobre 2003
président de l’Union des républicains radicaux (membre du Pôle républicain), professeur de psychologie sociale et politique à l'université de Caen.


 

Arnold Schwarzenegger brandissant un balai (rouge) pendant ses réunions publiques : la photo n'est pas banale. Aujourd'hui gouverneur de Californie, l'homme au balai est déjà pressenti pour une destinée plus grande. Pour certains, c'est à nouveau la magie du rêve américain, pour d'autres, la preuve de la vitalité de la démocratie représentative. Beaucoup constatent le pouvoir de l'image télévisuelle et le charisme de l'acteur.

Et si toutes ces hypothèses étaient vraies ? Au fond, l'homme seul, issu de nulle part et reconnu par la majorité, correspond assez bien à l'idéologie libérale. Le héros inattendu à la bonne place représente sans doute la chance de la politique. Un truisme encore : la force de la popularité. Ces versions sont politiquement rassurantes, mais un autre éclairage - non moins politique - l'est un peu moins : la révolte des électeurs contre les appareils politiques responsables du statu quo.

Etonnante toile d'araignée que celle que composaient les appuis au candidat "républicain": des démocrates (le clan Kennedy), des hommes d'affaires et la masse des déçus de la politique. Ce qui fait d'un acteur le candidat insolite, mais placé au bon moment au-delà des clivages traditionnels. Bref : un homme providentiel, l'ultime recours après l'échec de toutes les tentatives de la classe politique professionnelle.

Cette situation n'est pas inédite dans l'histoire contemporaine. C'est le syndrome du néopopulisme télécharismatique.

La logique implicite du pouvoir devant les conséquences des crises graves peut se résumer ainsi : d'abord, ils disent que vous avez tort, et qu'ils peuvent le prouver ; ensuite, ils disent que peut-être vous avez raison, mais que cela n'a aucune importance (on contrôle la situation !) ; puis, devant les faits, ils ne disent pas que vous avez vu juste, mais qu'ils le savaient depuis fort longtemps. Enfin, ils se taisent et font le dos rond en attendant de refaire surface après le déluge.

La crise d'une société bloquée, un électorat volatil et l'effilochage idéologique sont le produit d'un long processus de décomposition, dont les indices s'accumulent : discrédit des hommes politiques en place, transformation des partis en machines électorales, abstention galopante des citoyens, avidité des puissants et, plus grave, dysfonctionnement autiste de l'État.

Impasse de régime donc.

Voilà l'enjeu implicite de tous les populismes, présence brutale d'une question devenue urgente : comment se débarrasser d'une classe politique inapte et corruptrice ?

Le recours au populisme charismatique est toujours, à tort ou à raison, en période de crise, une recherche intuitive de solution et, de surcroît, le point de départ de toute une réflexion sérieuse sur l'avenir d'un peuple psychologiquement en errance. Et cela ne se passe pas toujours ailleurs. L'histoire de la France est riche en exemples à la fois exaltants et accablants, toujours vécus comme une solution coupable, mais impulsée par la force irrésistible engendrée par le manque de courage politique des gouvernants.

Le charisme politique n'émerge pas du néant, mais du fond de la déception et de la mélancolie du désenchantement. C'est un moment d'épuisement culturel et d'effacement moral, où s'affiche le manque de confiance des masses à l'égard des élites conformistes et des grandes institutions nationales vides de leur sens commun. Le besoin de charisme n'est pas une faiblesse individuelle, mais une réaction collective plus ou moins forte de ras-le-bol. Etrange mélange de lucidité et de désespoir, d'énergie et de lassitude. De colère froide.

Le syndrome du néopopulisme télécharismatique est devenu pas à pas une solution alternative. Si l'Amérique en est atteinte depuis fort longtemps, l'Europe l'est aussi. Et la France montre des signes avant-coureurs inquiétants. Heureusement, la rationalité reste encore au centre des décisions politiques. Mais pour combien de temps ?

Clemenceau, qui avait une fine intuition, disait : "Rien ne fait plus mal à l'âme que la froideur des gouvernants."

Servir. Ne pas se servir.
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