La souveraineté
de la France est le fondement de notre liberté
Certains feignent de s'étonner de voir l'action du Général
De Gaulle être à nouveau invoquée en 2006 pour
justifier une autre politique économique. Leur étonnement
est proprement étonnant.
Certes, De Gaulle n'a jamais été l'apologiste du déficit
budgétaire, pas davantage que de la faiblesse de notre monnaie,
les réformes Rueff-Armand mises en uvre sous la direction
de Michel Debré l'attestent amplement.
Mais celles et
ceux qui prétendent que " De Gaulle doit être laissé
en paix " devraient avoir le courage et surtout l'intelligence
de prendre en compte tous les éléments de la politique
qu'il a menée pour ne pas tronquer la réalité
d'hier et d'aujourd'hui.
Pragmatique, De Gaulle n'a eu qu'un seul objectif, l'indépendance
nationale et la maîtrise de notre destin: l'objectif fixé,
la France doit être libre de ses moyens et de ses décisions
pour s'adapter en permanence en fonction de la conjoncture.
Dans ces conditions,
s'il ne s'agit pas de faire parler les mânes du Général.
Son attitude, sa politique du 18 juin 1940 à la Vème
République, nous donnent bien une méthode d'action qui
demeure valable, et dont on peut s'inspirer même si les circonstances
ont, en apparence, changé.
Quelles sont, aujourd'hui, les contraintes qui brident la croissance,
dont l'atonie est le principal responsable de nos déficits
budgétaires ? Il est indéniable que de nombreuses économies
doivent être réalisées dans les dépenses
publiques, mais sait-on qu'avec 500 000 chômeurs en moins les
comptes de la sécurité sociale seraient équilibrés
? Cinq facteurs retiennent l'attention.
Sur le plan
interne tout d'abord, nous avons réduit de manière
excessive notre temps de travail (35 heures, retraite généralisée
à 60 ans) alors que nous sommes désormais en compétition
avec des économies à l'autre bout de la terre qui ne
sont pas économes de leur temps.
Notre fiscalité sur le patrimoine est excessive (ISF, droits
de succession) et pousse l'épargne des Français vers
l'étranger, elle ne s'investit pas en France : nos investissements
productifs stagnent depuis des années.
Il est vrai que la suppression de ces impôts anti-économiques
entraînerait dans un premier temps une perte de recettes, un
risque de non respect du pacte de stabilité - qualifié
de stupide par Prodi, alors Président de la Commission - mais
favoriserait grandement, à terme, les investissements.
Sur le plan
externe, nos choix européens et mondiaux se retournent
contre nous : force est de constater que les gouvernements successifs
ont pris leurs illusions pour des réalités, ils nagent
encore parfois dans une réelle béatitude euro mondialiste
!
L'euro tout d'abord, monnaie parfaite pour un monde parfait qui n'existe
pas, handicape lourdement notre économie. Nous payons l'impossibilité
d'avoir une politique monétaire adaptée à la
productivité de nos entreprises. Pendant des années,
la politique de la BCE a entraîné des taux réels
dévastateurs pour la croissance. Il est symptomatique de constater
que ceux qui prônaient un franc fort persistent dans l'erreur
avec un euro fort. Aujourd'hui, ils poursuivent, en réalité,
la politique des rentiers pour lesquels la monnaie a d'abord une fonction
de thésaurisation et non d'instrument de croissance adapté
à la compétitivité de nos entreprises.
L'euro fort après le franc fort, lequel a provoqué une
forte montée du chômage, nous coûte au minimum
un point de croissance de PIB depuis plus de quatre années.
Il est urgent
que le Conseil européen puisse adresser à la Banque
Centrale Européenne des instructions pour qu'elle intègre
dans sa politique les objectifs de croissance et abandonne son dogmatisme
monétariste. A défaut, l'avenir de l'euro demeurera
plus qu'hypothétique !
Ensuite, nos entreprises, désavantagées par une monnaie
surévaluée, en l'absence de Tarif Extérieur Commun
protecteur de l'Union européenne, doivent agir dans le cadre
d'une mondialisation non maîtrisée, dans laquelle les
entreprises des pays émergents bénéficient de
monnaies artificiellement sous-évaluées, dans des rapports
allant de un à cinquante. Cette situation provoque des délocalisations
nombreuses et répétées. C'est ce qu'avait prédit
Maurice Allais, Prix Nobel d'Economie, dans un ouvrage de 1999 "
La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance
".
Enfin, la conception
européenne du " tout concurrence " interdit l'intervention
de l'Etat et range au placard de l'obsolète la politique industrielle.
Nos entreprises sont opéables au profit des multinationales,
alors même que nos succès industriels sont nés
exclusivement d'une politique industrielle volontariste et des aides
d'Etat : nucléaire, aérospatiale, Airbus, pour ne nommer
que les principaux.
Oui, De Gaulle
appelait avant toute chose les Français à l'effort,
et cet appel demeure d'actualité. Mais le Général
a toujours veillé à ce que la France garde la maîtrise
de ses choix politiques et économiques, ce qui n'est plus le
cas aujourd'hui en raison de la multiplicité des contraintes
européennes et mondiales, et est à l'origine de nombre
de nos difficultés.
Voilà pourquoi,
sauf à être totalement aveuglé par les tabous
du politiquement correct, l'autre politique économique n'appelle
pas la facilité et le laisser aller, mais la libre maîtrise
de nos décisions, pour relancer durablement la croissance grâce
à l'effort des Français, et en ne subissant pas les
décisions inadaptées d'un système devenu incontrôlable.
Jacques Myard
- 18 Août 2006