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Ils ont dit

 

A propos d'une "constitution européenne"
par Charles Pasqua



Président de l'Alliance pour l'Europe des Nations
Président du Groupe Union pour l'Europe des Nations au Parlement Européen


 

3 bonnes raisons de refuser la Constitution européenne

Le projet de Constitution européenne est devenu caduc suite à son rejet, en décembre dernier, par le Conseil européen de Bruxelles. Aujourd’hui, profitant du brutal changement de majorité en Espagne, certains voudraient cependant ressusciter le défunt texte avant les élections européennes du 13 juin prochain. Cette ultime manœuvre ne changera rien à l’affaire : il faut en finir avec ce projet de Constitution européenne.

Il manque tout d’abord à ce projet de traité instituant une Constitution européenne l’essentiel, à savoir la légitimité populaire.

La rédaction d’une Constitution suppose par définition l’existence d’un corps politique, d’un pouvoir constituant originaire, c’est-à-dire, dans le cas d’espèce, d’un peuple européen. Or ce peuple européen n’existe nullement à l’heure actuelle. L’Europe est composée de peuples constitués en Nation avec leur États, leurs langues et leurs traditions, mais de peuple européen il n’y a point. En conséquence, faute de peuple européen titulaire d’un pouvoir constituant européen, il ne saurait y avoir de Constitution européenne.

Ensuite, malgré son appellation et contrairement aux souhaits de ses instigateurs, la Convention sur l’avenir de l’Europe, enceinte au sein de laquelle le projet fut élaboré, ne pouvait en aucune façon prétendre tenir le rôle d’une hypothétique assemblée constituante.

Les membres qui siégèrent à la Convention, qu’il s’agisse des parlementaires nationaux ou européens, des représentants des Gouvernements ou de la Commission, voire des représentants de ce gadget qu’on appelle pompeusement « société civile », n’avaient reçu aucun mandat des peuples pour élaborer et rédiger un éventuel projet de « Constitution européenne ». En définitive, il a manqué à cette « assemblée constituante d’opérette » rien moins que l’onction du suffrage universel.

Enfin, les pressions exercées sur le Conseil pour imposer le résultat des travaux de la Convention à la Conférence intergouvernementale chargée, en 2004, de la réforme des institutions communautaires, comme du reste les initiatives lancées dernièrement dans les couloirs du Parlement européen avec la complicité de certains Gouvernement nationaux (dont hélas le Gouvernement français !) pour sauver le projet, sont contraires au droit communautaire !

En application des règles énoncées dans le traité, s’agissant de la révision dudit traité, le pouvoir de négociation et de décision revient exclusivement aux « Hautes parties contractantes » - c’est-à-dire aux représentants des chefs d’État et de gouvernement - tandis que la ratification des résultats s’opère conformément aux traditions constitutionnelles nationales. Autrement dit, les travaux de cette Convention n’avaient aucune force contraignante au sein de la Conférence intergouvernementale, et les multiples tentatives visant à rendre « obligatoires » les conclusions de la Convention ont constitué une violation particulièrement grave de la procédure de révision des traités, ce qu’il faut appeler un acte de forfaiture.


Servir. Ne pas se servir.
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