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Ils ont dit

 

Discours de Charles PASQUA

Président de l'Alliance pour l'Europe des Nations
Président du Groupe Union pour l'Europe des Nations au Parlement Européen


LA MUTUALITE
Paris, samedi 24 avril 2004


 

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Chers amis, Chers compagnons,

Avant toute chose, je tiens à vous remercier de tout cœur d'être venus si nombreux cet après-midi à la Mutualité. Bien que nous soyons encore en période de vacances scolaires, vous avez massivement répondu à notre invitation car vous avez compris que nous allions vivre, dans les semaines à venir, des moments forts pour tous ceux qui croient en la France.

Vous aurez remarqué que nous sommes les seuls à engager le combat pour la représentation de la France au Parlement européen par une réunion publique. Les autres, à gauche comme à droite, préfèrent les petites salles feutrées pour apparatchiks des partis ou les conférences de presse sans risque. Le style fait l'homme et, hélas, notre vie politique à force d'être confinée est devenue bien grise, bien terne et bien triste.

Eh bien nous allons lui redonner des couleurs, lui redonner de la bonne humeur, lui redonner un sens en un mot. Il est temps de tirer le rideau sur le théâtre d'ombres qu'est devenue la politique française. Les électeurs ne s'y trompent d'ailleurs pas, ils zappent avec rage ou avec dégoût et n'en peuvent plus de voir passer en boucle les navets, mal joués, mal scénarisés, des " studios socialos " ou de " l'UMP production ". Le film est toujours le même, la France abandonnée au profit de la jeune maîtresse Europe qui est incapable de faire vivre la famille, les acteurs jouent tous faux, ils font le boulot pour le cachet, ils doivent réciter les mêmes textes fades et ils ont vraiment l'air de s'ennuyer ferme mais pas autant que les électeurs, spectateurs désabusés d'une désolante tragi-comédie.

Pourtant les Français aiment la politique et se remettent mal du fait qu'elle soit devenue cette insipide guimauve. Ils attendent que la France soit de retour, ils attendent qu'on leur présente enfin une vision claire de l'avenir, des défis qu'ils doivent relever, ils attendent qu'on leur rende leur fierté d'être Français.

Pourquoi un tel déclin ? Pourquoi une défaillance aussi chronique du Président de la République ? Pourquoi une droite stérilisée par une UMP caporalisée, dévitalisée, qui donne la version la plus bêtement politicienne qu'ait connue l'histoire des partis ?


Certes les hommes ont leur part de responsabilité, pour avoir combattu, avec Philippe SEGUIN, les responsables du RPR qui ont conduit le mouvement gaulliste à sa ruine, je suis sans illusion : jamais l'UMP ne réconciliera le peuple de France avec l'idée nationale, toujours l'UMP laissera la patrie en jachère au plus grand profit du Front National.

Plus que les hommes, c'est le système qui est en cause. Il n'y a pas de volonté en politique sans souveraineté - Seul le souverain, monarque ou populaire peu importe, peut dire " je veux ".

Et dans le maquis institutionnel européen, il n'y a pas de souverain, il n'y a que des substituts de souveraineté, incapables d'indiquer clairement quel cap il faut prendre.

Et sans volonté, il n'y a pas de responsabilité. C'est précisément sur cette double négation, ni volonté, ni responsabilité, qu'a prospéré l'idéologie européiste. C'est la clef de son succès dans les classes politiques nationales qui justifient ainsi soit leur impuissance, soit leur irresponsabilité.

Avec la technocratie bruxelloise, les classes politiques ont passé un compromis historique : gardons les places et les prébenbes et diluons les responsabilités et les sanctions. Pour que le petit jeu fonctionne, un seul impératif : tenir le peuple éloigné quitte à le laisser aux mains des démons démagogues.

La campagne européenne qui s'amorce s'inscrit dans cette logique. Les socialistes en font un 3ème tour des régionales et un avant-tour de la Présidentielle, répartissent leurs éléphants dans la savane, punissent leurs rares députés qui ont travaillé et, en plus, ont le toupet d'essayer de nous faire croire que l'Europe est une grande idée.

L'UMP et l'UDF conduisaient à vue, au rythme court de leurs intérêts électoraux, après s'être pris le mur des régionales, ils conduisent en fermant les yeux de peur de se fracasser à nouveau sur la réalité électorale. On assiste ainsi à de grands moments comiques. Pensez donc ! Faire de François Bayrou un recours et un dur, il fallait y arriver : finalement ça peut faire des miracles l'UMP !

Pensez donc ! Soutenir pendant une législature à Strasbourg l'entrée de la Turquie puis essayer de faire croire que l'on est contre - c'est fort de café turc ! c'est tout le charme de l'UMP : prendre les électeurs pour des imbéciles et s'étonner ensuite qu'ils s'en aperçoivent et éprouvent un léger, mais tenace, ressentiment !

Les députés européens UMP vont jouer à cache-tampon avec leurs votes. Mais non je n'ai pas voté pour la Turquie, mais non je n'ai pas voté pour le pacte de stabilité, mais non je n'ai pas voté contre les intérêts de la France !

On est loin du débat clair et nécessaire que les Français attendent sur l'Europe. N'ayons aucun espoir du côté de Le Pen et de Villiers, les élections européennes sont pour eux un simple enjeu économique. Profiter de l'impopularité des autres pour avoir des mandats et pour n'en faire rien. Sans relais en Europe, ces élus sont incapables de toute action efficace au Parlement européen.

Entre le folklore extrémiste et le mensonge fédéraliste, la seule voie réaliste, c'est celle de l'Europe des Nations. Nous avons une vision constructive de l'Europe et nous avons des amis en Europe capables de nous appuyer car notre groupe existe au Parlement européen, il est écouté et il sortira encore renforcé des prochaines élections.

Si vous voulez une Europe fédérale, votez PS ou UDF ou UMP et vous ne serez pas déçu, ils bradent la France avec le même talent, et avec des degrés variables d'hypocrisie ; si vous voulez perdre votre suffrage votez pour les extrémismes stériles ; si vous voulez une Europe enfin respectueuse des peuples et des Nations, alors faites un bout de chemin avec nos candidats.

En fait, lorsque les années auront passé et que le temps des bilans sera venu, je ne doute pas que l'on retiendra notre engagement comme un engagement salvateur pour l'avenir de l'Europe. Au moment où les grands dinosaures fédéralistes, le brontosaure socialiste et le diplodocus démocrate-chrétien, vivent, sans le savoir, à la fin de l'ère secondaire, au moment où ils ruminent leurs doctrines, une nouvelle tectonique politique a déjà signé leur fin. Ce tremblement de terre est annoncé par les vents contraires qui ballottent les certitudes tant économiques qu'institutionnelles des fédéralistes.

Ah comme ils ont souri de ma constance, brocardé mon intransigeance, stigmatisé ma fidélité. Fi des Nations, foin du gaullisme, laissons Pasqua et ses amis à leurs vieilles lunes ! Et on les vit, les uns après les autres, oublier le combat pour la souveraineté. Certains se convertissaient brutalement aux dogmes de Bruxelles, d'autres se contorsionnaient pour se glisser ingénument dans des formations politiques plus conformes à leurs appétits de carrière… Une fois de plus les politiques avaient réussi à trahir leurs électeurs et leurs convictions, les pseudo-tenors de la précédente campagne en tête. Les Bayrou, Villiers, Sarkozy, Madelin Hue and co qui ont quitté le Parlement européen après vous avoir juré le contraire.

Pour moi, les choses ont toujours été plus simples. Des combats contre la CED, à ceux contre Maastricht et Amsterdam, une même raison de fond : il n'y a pas de combat politique qui ait de sens sans défense de la souveraineté nationale. Et il me plait bien de le mener sur le front principal : à Bruxelles et à Strasbourg où j'ai plus fait en 5 ans, malgré les trahisons, où j'ai plus construit que tous les autres réunis.

Personne ne me fera dévier de cette équation fondamentale. Politique égale souveraineté. Ce n'est pas immobilisme de ma part, c'est la conséquence d'une indépassable réalité : il n'y a pas de politique possible sans définition du souverain et pas de démocratie sans contrôle populaire de celui-ci.

C'est pour cela que les réalités nationales ont toujours raison contre les chimères supranationales et que, sur la très longue durée, l'histoire européenne retiendra les figures de de Gaulle et Churchill et pas celles de Monnet et de Schuman, au contraire de tout ce qu'écrivent les catéchismes du " politiquement correct " que l'on enseigne, hélas, dans nos écoles.

Ces faits tétus qui se vengent des théoriciens sont en train de brûler aujourd'hui le pacte de stabilité et rendront bientôt la constitution européenne, lettre morte.

Le pacte de stabilité, il fallait naguère se prosterner devant lui. Il fallait communier dans l'orthodoxie budgétaire et monétaire et celui qui osait critiquer le dogme était un impie doublé d'un niais. Il n'était de bon bec que de Francfort et en douter équivalait à un bannissement politique et social.

Entendre aujourd'hui les bénis oui-oui de Maastricht et d'Amsterdam, car le pacte de stabilité se trouve dans ces deux traités et pas ailleurs, dire ce que nous disons depuis plus de dix ans a quelque chose de flatteur pour l'égo mais aussi de surréaliste pour l'entendement.

La pacte de stabilité démontre tout bonnement que les européistes, comme tous les idéologues, ne voient pas quels sont les enjeux économiques et politiques de notre nouveau siècle et qu'ils prennent à la légère des décisions bien lourdes pour l'avenir.

Chacun sait que ce pacte était une exigence allemande. Obsédée par les souvenirs inflationnistes de la République de Weimar, les Allemands veulent un Euro fort et des garanties drastiques pour qu'il le reste.

Or une monnaie forte peut inciter les Etats à accroître leurs dettes, compromettant ainsi à terme la force-même de la monnaie.

Il faut donc tout sacrifier à la monnaie, construire autour d'elle un sanctuaire qui n'a d'autre finalité que monétaire. Il faut ligoter l'économie et soumettre les instruments de la politique économique aux fourches caudines de l'exigence monétaire. Le déficit, la politique budgétaire, la dette publique, etc ne sont plus des instruments politiques ce sont des dangers potentiels qu'il faut mettre sous tutelle. Tutelle d'ailleurs purement abstraite car les critères du pacte n'obéissent à aucune loi économique connue.

Ainsi, par une démission totale du politique, et de la classe politique française tout particulièrement, nous avons fait d'une vision allemande conservatrice un credo que chacun a récité sans se poser de question avant que les réalités économiques ne viennent secouer ses indolentes certitudes.

Je le dis et je le répète : j'ai, en son temps, décrit par le menu tous ces dangers et dénoncé toutes ces erreurs. Aussi puis-je dire, en conscience, aujourd'hui, aux politiques, de gauche comme de droite :

Mesdames et Messieurs qui avez voté Maastricht et Amsterdam, j'attends votre repentance et vos excuses !

Mesdames et Messieurs qui avez voté Maastricht et Amsterdam, j'attends vos explications et les comptes que vous devez aux Françaises et aux Français !

Mesdames et Messieurs qui avez vanté les charmes de l'Euro, j'attends vos excuses aux Français qui ont vu les prix monter et les emplois partir !

Le Pacte était une erreur en période de croissance, c'est une folie en période de récession.

Cette récession, en diminuant les recettes fiscales et en augmentant les charges sociales, accroît de façon automatique les déficits.

Le Pacte, conçu pour refroidir la surchauffe inflationniste, continue à diffuser du froid sur une conjoncture devenue froide elle-même. Il contribue donc à accroître la récession en interdisant d'utiliser la politique budgétaire pour soutenir l'activité et l'investissement, alors même que la monnaie unique nous a privés de l'usage de la politique monétaire et de change.

Le Pacte n'est pas un pacte de stabilité, c'est un pacte d'instabilité : il amplifie les chocs conjoncturels négatifs et il nourrit l'instabilité sociale et politique.

En effet, on oublie trop souvent de dire qu'un gouvernement qui se prive de toute marge réelle de manœuvre économique et budgétaire, se prive de toute marge politique. Il est donc livré, pieds et mains liés, aux démagogies et aux extrémismes de gauche et de droite de Jean-Marie Bové ou de José Le Pen. Si toutes les politiques se valent et prennent globalement les mêmes mesures, le pacte de stabilité devient un pacte qui pétrifie le débat politique. Sans doute est-ce pour cela que dans le gouvernement nouveau, en fait jouer à Nicolas Sarkozy le rôle principal dans " Mission Impossible ". Qui donc peut souhaiter ainsi la mort du héros ? Moi, qui ai beaucoup d'estime pour son ardeur, je lui conseille d'éviter le piège et de préserver son talent dont nous aurons besoin.

En fait, la dure réalité économique d'aujourd'hui souligne qu'il n'y a pas de politique économique européenne. Il y a un dogme et des dogmatiques mais de politiques point !

Le Pacte de stabilité est une machine robotisée, incapable de s'adapter à la conjoncture et qui prévoit des sanctions qui aggravent la récession et qui sont autant de stupidités.

La Banque Centrale Européenne n'a pas de politique monétaire adaptable à la conjoncture.

La direction de la concurrence de la Commission met en œuvre le droit européen avec une logique technocratique quand, dans le même temps, les Américains fondent leur pratique sur l'intérêt national bien compris.

Pacte, BCE, direction de la concurrence : ces trois institutions sont indépendantes les unes des autres, sans contrôle politique. Elles fonctionnent selon des logiques propres, qui ne sont dictées que par leurs propres tropismes, non coordonnées, ni entre elles ni avec les gouvernements. Enfin, pour couronner le tout, elles sont irresponsables et se considèrent comme telles !

Chacun de ces trois bœufs tire sa propre charrue sans se préoccuper du sillon du voisin. Quand le temps est beau et la récolte prometteuse, le premier évite les feux de l'inflation, le second garantit la stabilité financière, le troisième veille à l'aiguillon de la concurrence.

Quand la météo se détraque, la ruine menace, car le premier accentue la récession, le second fait de même en déconnectant les parités des réalités économiques et le troisième détruit les derniers majors industriels et stérilise l'innovation.

La politique économique dont l'Europe a besoin doit naviguer entre deux écueils : le charybbe du Pacte et le sylla de la dépense publique improductive. Il appartient aux gouvernements de mener à la fois une politique budgétaire apte à relancer l'investissement et une politique courageuse pour réduire le poids du secteur public et de ses dépendances.

Mais il est sûr que le salut ne viendra pas d'une technocratie incapable de soutenir des entreprises dont elle ignore tout.

On trouve une illustration tout aussi nette des impasses fédéralistes dans le dernier gadget du musée des monstres politiques, ou plutôt a-politiques, européens : la Constitution sans constituant, ni souverain.

J'avais raison, après tout cessons d'être modestes, sur Maastricht et Amsterdam et je suis persuadé d'être également dans le vrai en prévoyant l'échec de la Constitution européenne.

Cette affaire de Constitution européenne était mal engagée et souffrait d'un défaut rédhibitoire de conception. En effet, il y avait une naïveté d'origine à croire, ou à laisser croire, qu'une Constitution européenne permît à elle seule de transformer une construction européenne technocratique en une entité politique démocratique.

La conscience diffuse de cette difficulté initiale ajoutée aux réalités, décidément difficiles à dissoudre dans l'idéologie européiste, des nations et des peuples, tout cela a donné une Constitution hybride : fédéraliste dans le principe, pragmatique dans certaines de ses applications.

Nous attendions une conclusion, nous eûmes des prolégomènes. Les uns auraient aimé s'enthousiasmer, les autres auraient aimé s'indigner, tous doivent forcer leurs sentiments pour cacher la sensation qui l'emporte : la perplexité.

Chacun s'accorde à considérer l'Union européenne comme une démocratie. Dès lors si Constitution il y a, elle ne peut procéder que du pouvoir constituant, le peuple souverain, et elle ne peut être ratifiée que par ce même peuple souverain.

Où est le constituant de cette Constitution ?

En amont, personne dans cette Convention n'a reçu le moindre mandat populaire pour rédiger une Constitution, le pouvoir constituant de la Convention est donc nul et non avenu.

En aval, le projet ne saurait avoir la moindre force contraignante et surtout une question essentielle se pose : comment sera adopté le texte final de la Constitution ?

Eu égard à l'importance de principe d'un texte constitutionnel, seul le référendum serait à même de légaliser ce grand changement institutionnel dans l'Union.

Mais quel référendum ?

Nécessairement un référendum européen, c'est-à-dire une consultation organisée le même jour dans chaque Etat membre. Toutefois, en dehors du fait que la procédure référendaire n'est pas prévue dans tous les Etats membres, comment appréciera-t-on le résultat ?
A l'échelle de l'Europe tout entière, comme le voudrait la logique de la Constitution européenne qui, par définition, présuppose l'existence d'un " peuple européen " ? Quid alors des Etats dans lesquels une majorité de " non " l'emportera ?
A l'échelle nationale, ce qui, en théorie, revient à prendre le risque de voir le projet de Constitution disparaître,purement et simplement, pour peu que le non soit majoritaire dans un seul Etat membre?

A toutes ces questions, aucune réponse satisfaisante n'a été apportée. Et aucune réponse ne sera apportée car la convention européenne n'est pas une voie ouverte sur l'avenir de l'Europe, elle est le mur qui clôt l'impasse politique qu'est devenue la construction européenne. On a toujours refusé de poser les deux questions dont dépendait sa réussite :
Comment préserver le pouvoir des peuples d'approuver ou de réprouver les étapes de cette construction ?
Les peuples européens veulent-ils ou pas construire une Europe indépendante, capable de peser sur les équilibres du monde ?
C'est pourquoi je suis persuadé que la Constitution n'est pas viable. Le propre des monstres est d'être condamnés à mourir pour avoir défié la nature et la raison.

La volonté systématique de négliger la voix des peuples et des Etats conduit effectivement au non-sens politique absolu. Ainsi m'a-t-on rapporté que lors d'une discussion à la Convention avait été faite cette singulière application de la loi de l'unanimité. A la question " que se passe-t-il si un pays dit non ? " on répond benoîtement : " la 1ère fois on lui explique pourquoi il a tort, la seconde fois on lui donne un avertissement, la troisième fois on passe outre son opposition ". Même si Jarry et Courteline avaient conjugué leurs talents, ils n'auraient pas trouvé mieux.

Il semble toutefois que Messieurs CHIRAC et JUPPE soient sur le point de trouver le moyen de se sortir de ce mauvais pas. Comment faire avaler la constitution européenne aux Français sans passer par le référendum que Tony BLAIR a eu la mauvaise idée de lancer dans son pays ? Monsieur JUPPE a jugé l'initiative de Monsieur BLAIR " un peu personnelle, enfin britannique ", en effet on image mal Monsieur JUPPE dans son reniement chronique du gaullisme, prendre une initiative française !

Monsieur JUPPE a une idée bien plus astucieuse : faisons comme l'Allemagne, mais l'Allemagne ne voulant pas d'un référendum, ce sera un vote commun des parlements français et allemand. Je vous parie que Messieurs CHIRAC et JUPPE nous préparent une réunion commune de l'Assemblée et du Bundestag : fusiller la Constitution française, la loi suprême de notre peuple, avec une balle allemande, quel beau symbole !

Alors cessons de perdre du temps et de recourir à ces trompe l'œil et à ces faux-semblants, dénonçons haut et fort ces dilapideurs de notre idéal, ces bradeurs du gaullisme et revenons aux fondamentaux d'une véritable construction politique de l'Europe des Nations !

Car l'Europe des Nations n'est pas une utopie, c'est une voie réaliste et praticable.

Il est possible d'écrire une grammaire européenne commune non pas par la méthode globale fédéraliste mais par la méthode alphabétique des Nations. Remettre la Commission à sa place, administrative et secondaire, les Politiques et les chefs de gouvernement à la leur, décisionnelle et primordiale et soumettre les grandes décisions au suffrage direct des peuples : on ne peut se désoler du vide politique européen et ne rien faire pour le combler par des mesures de simple bon sens.

De même que la réalité économique ramène le pacte de stabilité à sa vraie valeur, de même la conjoncture politique va emporter la Constitution et les rêveries fédéralistes parce que vous allez lui faire barrage le 13 juin prochain.

Alors restera la question fondamentale : laissons-nous l'Europe en l'état avec le risque de se limiter à une zone de libre-échange sans chair ni âme politiques ? Reprenons-nous le chantier avec de nouveaux architectes et en construisant enfin l'Europe des Nations ?

Toutes les grandes crises internationales ont démontré que lorsque les intérêts vitaux d'un pays sont en jeu, ce sont eux qui dictent l'attitude des gouvernants.

L'Europe des Nations tient donc à la nature même de la politique. Celle-ci est trop souvent diluée dans le court terme et ses futilités politiciennes, aussi faut-il la gravité des crises majeures pour, à nouveau, percevoir cette évidence fondamentale.

Il est bien évident que si la France a pris la position qui a été la sienne lors de la guerre en Irak, c'est parce que le Président de la République a su se déterminer par lui-même et par rapport à ce qu'il pense être l'intérêt national dont il a la charge.

Cela n'empêche en rien la nécessité d'une Union européenne car sans capacité à unir nos forces nationales, c'est le combat pour notre civilisation occidentale qui risque d'être perdu.

Cette civilisation menacée tant par le fanatisme terroriste que par la décadence morale repose sur des valeurs au cœur desquelles se trouvent la liberté et la responsabilité. Ce sont elles qui, toujours, ont été niées par les totalitarismes. Ce sont elles qui ont redonné vie à la démocratie en Europe de l'Est et qui ont triomphé du communisme.

C'est d'abord et avant tout pour ces raisons philosophiques et morales que je suis depuis toujours un farouche partisan de l'élargissement. Le mot est d'ailleurs mal choisi, nous ne vivons pas l'élargissement de l'Europe mais les retrouvailles de l'Europe avec elle-même, de cette Europe de l'Atlantique à l'Oural que nous appelons de nos vœux et qui est la vraie dimension de la belle idée européenne.

C'est d'ailleurs avec un certain mépris que j'écoute ceux qui, à l'extrême droite mais pas seulement, tiennent des propos étroits et mesquines sur le coût de l'entrée de ces pays dans l'union.

C'est oublier que l'on entendait la même chose à propos de l'Espagne, du Portugal ou de la Grèce, il y a quelques années.

C'est oublier surtout notre devoir à l'égard de ceux qui ont souffert la dictature nazie puis la dictature communiste. Pendant les années de plomb, nous étions riches, bien nourris et libres tandis qu'ils connaissaient la pauvreté, la faim et la torture.

Nos amis de l'Est sont chez eux en Europe et ils nous apporteront beaucoup car ils connaissent le prix de la liberté.
Ceux qui font des dissertation savantes sur l'évolution de nos contributions financières oublient deux choses : Premièrement les pays de l'Est ont déjà payé le prix fort, celui du sang et des larmes et ceux qui ne comprennent pas cela sont indignes de se réclamer de la tradition française.
Deuxièmement, l'économie n'est pas une science comptable. C'est une dynamique et c'est par notre effort pour l'Est de l'Europe que nous contribuerons à un retour global de la croissance et que nous éviterons le dumping social et la délocalisation. Il n'y a pas de limites à la création de richesses, sauf celles fixées par les égoïsmes et les corporatismes.
Ce n'est pas un hasard d'ailleurs si les partis politiques de l'Est européen nous ont rejoint au sein de l'Alliance pour l'Europe des Nations, ils savent que notre attachement à la France n'est pas un chauvinisme étroit mais qu'il est dans cette tradition universaliste qui permet d'aimer le monde parce l'on aime la France.

Mais ne nous y trompons pas, notre combat est un combat de titans. Si nous laissons l'Europe dériver vers l'irresponsabilité technocratique d'une part, le politiquement correct du laisser-aller d'autre part, nous perdrons toute chance de redresser notre civilisation occidentale.
Oui, notre combat est aussi un combat spirituel et moral pour une certaine idée de l'homme et une certaine idée de l'Etat.

Oui, notre combat est aussi un combat de conviction : l'homme a besoin de liberté économique et d'ordre politique.

Avec toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté nous voulons rendre à l'Europe la fierté d'elle-même.

Pour cela elle doit être consciente du socle judéo-chrétien qui fonde sa civilisation, pour cela elle doit être en accord avec son histoire et sa géographie : aller de l'Atlantique à l'Oural et de la Scandinavie à la rive nord de la Méditerranée, pour cela elle ne peut pas, sauf à se renier, accepter la Turquie asiatique et musulmane, la Turquie du génocide arménien et de l'occupation de Chypre.

Ne nous y trompons pas, bien au delà du cadre politicien, le scrutin du 13 juin permettra de dire quelle Europe, c'est à dire quel avenir, nous voulons. Il y a trois chemins :
L'Europe supranationale, de la fin des Nations et des peuples, de la dictature molle de la technocratie et du politiquement correct. C'est l'Europe du renoncement, celle qui tombera comme un fruit mûr sous les coups du terrorisme islamique, celle qui sera impuissante à relever le grand défi du 21ème siècle : après le nazisme et le communisme, le monde libre gagnera-t-il la guerre contre le totalitarisme islamiste ?
L'Europe des replis sur soi, des votes protestataires, de toutes les frustrations qu'incarnent les démagogues extrémistes, c'est une deuxième variante du néant et de la fin de notre civilisation.
L'Europe des Nations, de la coopération entre les Etats sous le contrôle des peuples au service d'une Europe fière d'elle-même, de sa civilisation, d'une Europe capable de dire non à la décadence et de lutter pour sa liberté, sans jamais céder ni aux chantages de la force, ni aux délices du renoncement.
Mes chers compagnons, il n'y a pas de fatalité au déclin pas plus qu'il n'y a de certitude de l'éviter. Cela ne repose que sur une chose : la volonté des hommes et leur goût pour la liberté.

Quand je vois une classe politique couchée, vendue aux honneurs futiles et aux carrières faciles, je m'inquiète. Quand je vous vois, je suis rassuré.

Tant que j'aurai un souffle de vie, je me battrai. Celles et ceux qui sont là aujourd'hui aussi, je le sais. Soyez-en remerciés, faites confiance à ceux qui dans les différentes circonscriptions électorales vont défendre les couleurs de la France que nous aimons. Certains sont déjà des compagnons de longue date malgré leur jeune âge, d'autres nous ont rejoint parce qu'ils ont le goût du combat juste et vrai, vous les avez entendus avant de m'entendre, faites leur confiance comme je leur fais confiance.

Nous les retrouverons le mercredi 5 mai au Parlement européen à Strasbourg pour la présentation des têtes des listes régionales pour le prochain scrutin.

Que tous ceux qui n'en peuvent plus de voir la France bradée, que tous ceux qui n'en peuvent plus de voir le gaullisme trahi, que tous ceux qui n'en peuvent plus d'une politique sans courage ni conviction, que tous ceux qui ont la France au cœur, celle d'Austerlitz et de Bir-Hakeim, celle qui a versé tant de son sang pour rester libre, celle qui préfère la vertu à l'argent et le courage à toute chose, que tous ceux là, dont vous êtes l'avant-garde, se lèvent et disent le 13 juin prochain :

Ah non, messieurs on ne vous laissera pas faire ! Vous avez oublié une chose : la France est de retour, le cap est donné et les élus de Charles PASQUA le tiendront car ils sont, contrairement aux autres, meilleurs encore dans la tempête.

Servir. Ne pas se servir.
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